Les créatifs qui s’intéressent un tant soit peu aux réseaux sociaux et à leur métier connaissent forcément Dribbble. Pour le présenter rapidement, c’est un site créé dans le but que les graphistes montrent des shots (vignettes) de WIP (works in progress, travaux en cours). La baseline, “what are you working on?”, montre clairement le positionnement de Dribbble : il s’agit, pour les designers, de partager un travail pas forcément abouti sous forme de shots de 300 x 400px et permettre de recevoir des critiques.

Les shots peuvent donc être commentés, likés, tagués, partagés, etc. Dribbble est un moyen supplémentaire pour les designers de se faire connaître, de partager leur travail et d’avoir les retours de professionnels.

Afin de garder un certain niveau de qualité, Dribbble fonctionne par invitations. Il y a 3 niveaux d’inscrits sur le site, très bien expliqués dans la FAQ : le player (le contributeur, qui montre ses WIP, commente, like), le spectator (qui ne peut ni poster ni commenter, mais simplement suivre les players qu’il souhaite), et le prospect (qui est un spectateur dans l’attente d’une invitation de la part d’un player).

L’invitation Dribbble est, pour certains, le graal du designer, un moyen d’avoir une certaine reconnaissance dans le milieu étant donné la qualité générale du site. Pour d’autres, c’est de la branlette numérique, un moyen de renforcer les inégalités et les jalousies entre les designers, de “rester entre eux”. En gros, si t’as pas d’invit’ Dribbble, tu ne fais pas partie de la jet set des designers qui postent un pet de mouche de footer dès qu’ils en ont l’occasion.

La critique américaine vs la critique française

Le fond du problème réside dans la culture de la critique à l’américaine (Dribbble est un site américain), qui est de toujours être positif et encourageant. Les américains reconnaissent l’effort, et prennent le temps de le dire. C’est une qualité qui a aussi le défaut de maintenir un consensus et d’être moins dans la critique constructive à la française qui consiste à certes, donner des coups, mais dans le seul but de faire avancer.
D’un côté on a donc des shots postés par des players et commentés où l’on retrouve souvent des “Nice shot!”, “Awesome design!”, “Keep up the good work!”, et d’un autre côté, des français qui, il faut le dire, ont la critique facile. On assiste donc à un petit choc des cultures.

Un design consensuel ?

S’il y a bien une chose que je lis beaucoup sur Twitter, c’est qu’il y a un “style Dribbble”. Sans être forcément d’accord, il faut reconnaître que les “popular shots” sont souvent des icones dans le même style (glossy, iphonesques), des menus en forme de ruban, des illustrations vintage… En résumé, des shots “cleans” mais pas forcément créatifs au sens strict du terme puisqu’aujourd’hui, on en voit partout et sur Dribbble, on ne voit presque que ça.
Il y a donc un “high level” dans la réalisation, c’est certain, mais quant à parler de créativité… on repassera.

Un “what are you working on?” devenu “what have you worked on?”

Avec ce showcase de détails de webdesigns, des icônes sorties de leur contexte, des logos coupés pour ne montrer qu’un pictogramme, on reste dans le peaufinage, presque la finalisation d’un travail déjà bien abouti. L’objectif premier de Dribbble est un peu passé à la trappe par des designers qui ne jouent plus tellement le jeu en montrant des sites qui sont bien souvent déjà en ligne, des logos terminés.

Mais quel est l’intérêt ?

En dépit de tout cela, je continue à fréquenter Dribbble. C’est pour moi une grande source d’inspiration, car avec ces shots de 400 x 300px, on ne voit qu’un détail mais qui la plupart du temps est très travaillé, avec une grande finesse et ça permet de penser “out of the box” lorsque je suis moi-même à la création d’un webdesign. Aurais-je pensé à prendre le temps de designer le bouton “Top” d’un site si je ne l’avais pas déjà vu sur Dribbble ? Possible oui, mais pas sûr. Dribbble permet de faire attention aux “little big details” qui font toute la différence entre un graphiste moyen et un bon graphiste.
Il permet aussi, si l’on a un minimum de recul, de montrer les tendances actuelles et de pouvoir s’en détacher afin d’être créatif. Dribbble n’est finalement que ce que l’on en fait.

Write A Comment

Pin It