S’il y a bien un point de désaccord récurrent dans nos métiers, c’est celui de savoir si un graphiste doit savoir créer sur tous les supports (print ou web) ou intégrer lui même son design.
Déjà, mettons nous d’accord sur ce qu’est la « multi-compétences », et sur le sujet de cet article ô combien casse-gueule, mais que j’avais envie de traiter depuis un moment déjà.
Je vais donc parler de la polyvalence d’un point de vue de quotidien de graphiste créatif. Quel graphiste print n’a jamais eu de demande web ? Quel webdesigner n’a jamais eu de demande d’intégration ? Etc.
Analysons les pour et contre de savoir tout faire, ou du moins, de tout proposer.

La polyvalence, ça fait bouffer

Le gros intérêt de proposer aussi bien des travaux web, print, que de l’intégration, c’est qu’on est sûr de pouvoir répondre à toutes les demandes. Évidemment, il y a toujours des sujets qu’on maîtrise mieux que d’autres, mais beaucoup partent du principe que plus on propose de services, mieux on répondra à une demande globale. C’est un point du vue louable, tout à fait justifiable mais qui a ses limites. En effet, la plupart du temps, être polyvalent, ça veut dire être moyen partout. Heureusement, ce n’est pas le cas de tout le monde (je connais des DA qui assurent aussi bien en print, qu’en web + inté), mais d’une manière générale, un créatif n’aura jamais la même expertise qu’un développeur dont c’est le métier et qui maîtrisera son sujet puisqu’en théorie, ce dernier sera toujours en veille sur le sujet, saura se mettre à jour concernant les nouvelles technologies et surtout, pourra les comprendre et les appliquer plus rapidement.

Par contre, un designer graphique est un designer graphique. À ce titre, et à mon sens, un créatif devrait savoir travailler aussi bien pour le print que pour le web. Certes, les contraintes du support ne sont pas les mêmes, mais elles sont aisément assimilables. Notre métier de créatif, c’est savoir composer, connaître la typographie, la couleur, l’équilibre, le blanc tournant, et, d’une manière globale, d’être capable de transmettre un message, de communiquer visuellement et ce, quel que soit le media.
J’ai du mal à imaginer un graphiste qui créerait une charte graphique sans penser à ses déclinaisons Pantone/CMJN (pour un webeux) ou RVB/Hexa (pour un printeux). Nos métiers sont tellement interchangeables, les clients requièrent une présence aussi bien sur la toile que dans vos magazines et on devrait pouvoir maîtriser tous les supports de communication sur lesquels nos créations vont apparaître.

Savoir déléguer, savoir sous-traiter

Le professionnel, c’est celui qui sait où sont ses limites, quand déléguer mais c’est aussi celui qui sait ce qu’il fait de mieux et ce pour quoi il est bon.
Se pose donc la question de l’intégration. Doit-elle être faite par un développeur ? Est-il nécessaire, pour le graphiste, de savoir intégrer ? Faut-il sectoriser les métiers au point d’ignorer ce que fait son collègue ?
Il n’y a pas de réponses faciles. Elles varient suivant les compétences des uns et des autres (j’ai déjà vu des créas meilleurs intégrateurs que des personnes dont c’est le métier, et vice-versa, si si). Mais d’une manière générale, il est certain que dans tout métier, il faut savoir un minimum comment travaille celui qui nous précède ou celui qui nous succède, afin d’avoir une meilleure compréhension du projet dans sa globalité. En effet, il n’est à mon avis pas nécessaire que le créa sache intégrer au pixel près son design, mais par contre, il doit avoir essayé, avoir des notions HTML/CSS (minimum !) pour connaître les contraintes qui vont s’imposer d’elles-mêmes lors de l’intégration. Par exemple, designer pour le web sans connaître ses (im)possibilités typographiques est une aberration. Ne pas savoir coder un formulaire skinné en est une autre : si l’on sait ce qui est possible, on a déjà fait la moitié du chemin.

Aussi, savoir déléguer, c’est se concentrer sur ce qu’on sait faire de mieux, et maîtriser son sujet. Passer plus de temps à faire ce que l’on aime et ce pourquoi on est bon, sans se restreindre (quel créa-qui-fait-aussi-de-l’inté ne s’est pas déjà dit “Je ne saurai pas le coder, je vais laisser tomber.” ?).

Également, l’intégrateur doit savoir communiquer avec son designer avant de prendre des libertés avec sa maquette. Évidemment, sur de gros projets, le graphiste peut avoir laissé quelques incohérences, voire de gros flous, et l’intégrateur saura les mettre en exergue et les lui communiquer pour qu’ils trouvent une solution ensemble. Une équipe solide et unie est importante, car il ne s’agit pas de déléguer en oubliant sa part de responsabilité : il faut aussi savoir travailler équipe et comprendre les envies et contraintes de chaque métier. Le designer designe, l’intégrateur intègre mais rassurons-nous : un échange basé sur la confiance est possible, et même indispensable.

De la polyvalence naît la médiocrité ?

D’une manière générale, j’ai souvent lu que la polyvalence était l’inverse de l’expertise. En effet, l’expertise repose sur la maîtrise d’un sujet particulier, alors que la polyvalence, c’est la connaissance de plusieurs sujets liés. Entre la connaissance et la maîtrise, il y a un énorme fossé, car il est évident que l’on ne peut pas être maître de tout. J’ai souvenir d’avoir vu, à Rome, un « Sushis – Kébab – Pizza »… ça vous donne, envie d’aller y manger, vous ? 😉
Cependant, on peut se demander si l’expertise (non auto-proclamée comme c’est légion sur le web, ici et là…) est vraiment nécessaire et si une connaissance plus réduite mais sur plusieurs sujets n’est pas plus pertinente suivant les projets.
Finalement, il s’agit de choisir les bonnes personnes pour les bons projets : un graphiste polyvalent peut suffire et faire appel à plusieurs experts peut parfois être too much. Tout est une question d’équilibre et de bon-sens, et on peut voir dans le sondage initié par Jean-Philippe qu’il n’y a  pas de réponse universelle.

45 Comments

  1. Bonjour à tous !
    J’espère que cet article est encore vivant (: car même en 2014 aujourd’hui il reste d’actualité et je me pose une question très proche du thème abordé ici.
    Voilà j’ai le choix d’intégrer deux écoles différentes qui enseignent le design graphique mais pas de la même manière.
    Les deux parcours se décomposent en 5 ans, toutefois étant titulaire déjà d’un BTS j’entrerai directement en 3 eme année directement. La différence est que la première école propose une 3ème année avec enseignement global (packaging, web design, Motion design, conception publicitaire etc) mais propose pour la 4ème et 5eme année de choisir une option permettant de se spécialiser, si je peux utiliser ce terme, soit dans le design digital (Motion design, design interactif) soit dans le design corporate (packaging, identité visuelle) soit dans la publicité (conception publicitaire) soit enfin dans la typographie (création typographique, édition). Et les enseignements qui restent communs à ces 4 options sont la conception digitale (sites web, applications smart phone).
    L’autre école quant-à elle propose de garder un enseignement général jusqu’au bout en ayant des cours en 3ème et 4ème année de packaging de vidéo 3D d’animation de design éditorial de multimédia etc. La 5eme année elle, se déroule en alternance.

    Je me demande donc qu’elle école choisir … Vaut-il mieux toucher un peu à tout ? La vidéo, la 3D, l’animation qui sont des domaines très éloignés de mes compétences ou alors rester sur une légère spécialisation comme le propose la première école ?
    Dans les deux cas les diplômes sont reconnus par l’état au niveau 1.

    Je sais que vous avez plus ou moins abordés ces questions et j’ai lu l’article ainsi que tous les commentaires mais comme il s’agit la d’un chois d’orientation scolaire c’est un peu différent …

    Merci en tout cas par avance (:

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