J’ai souvent lu que « la vie à la campagne, c’est la vie pure, la vraie vie ». « Tu verras, à la campagne, tu pourras te ressourcer et vivre la vie que tu voudras ».

Eh bien moi, la vie à la campagne, ça me faisait un peu peur, au début. Née dans un coin un peu perdu où l’on croisait sempiternellement les mêmes personnes, j’ai fui, dès que j’ai pu, cet endroit qui ne me correspondait pas. J’ai fui et atterri dans une grande ville : Lyon. C’était nouveau pour moi, ces métros qui passaient toutes les 3 minutes, plutôt habituée à une unique ligne de bus passant une fois par heure, pour nous mener encore et toujours aux mêmes endroits. À Lyon, j’avais l’opportunité de bouger, découvrir, rencontrer. S’ouvrait à moi la possibilité de faire autre chose que ce que l’on me proposait là-haut. Je n’ai jamais choisi de faire allemand deuxième langue, je n’ai simplement pas eu le choix. Je n’ai jamais choisi de faire option SES, je n’ai simplement pas eu le choix. Je n’ai jamais choisi de faire de l’anglais de spécialité. Je n’ai simplement pas eu le choix. Les effectifs réduits, les classes fermées, ce sont autant de choix qui ne sont plus. Vivre dans des coins paumés, c’est se retrouver emprisonné des choix que l’on fait pour nous : tu iras faire tes études à Nancy, ma fille. Tu feras telle licence, ma fille.

Alors j’ai pris mon courage à deux mains, et j’ai saisi l’opportunité qui me permettait de fuir, loin, loin, dans une ville assez grande pour présenter une vaste étendue de possibilités, assez petite pour être belle et accueillante. Et j’en suis tombée amoureuse.

Depuis toujours, ma moitié a, elle, le désir de revivre en maison, à la campagne. Une maison que l’on peut façonner à notre image, suffisamment grande pour accueillir tous nos amis, suffisamment grande pour nous deux et nos projets. Et c’est ce que nous avons fait, il y a deux ans. Nous avons acheté cette maison, un peu loin de Lyon, mais grande comme il faut. Un peu loin, oui. Mais grande.

Aujourd’hui, deux ans après l’achat, je me rends compte que je vis mal cette ré-expatriation à la campagne. Outre l’aspect financier non négligeable, j’ai l’impression de retrouver ces contraintes de la région de laquelle je viens. Tout est loin. Le boulanger, la bonne pizzeria, la première gare. Pour tout, il faut prendre la voiture. Au quotidien, ce sentiment d’emprisonnement se fait de plus en plus fort. Les trajets maison – travail me font perdre presque 2 h 30 par jour, et j’exècre le fait d’être seule dans ma voiture, parmi des milliers d’autres, à polluer, chaque jour, et (à deux) à dépenser plus de 3 000 € par an en essence. 3 000 €. Par an. En essence.

« You’re not stuck in trafic: you are trafic »

Paradoxalement, je n’échangerais pour rien au monde mon job, loin, mais qui me permet d’être en centre-ville chaque jour, et d’y prendre ma dose d’urbanisme. Tout y est accessible, à portée de main, et je crois que sans cet équilibre ville / campagne, je ne supporterais plus ma maison et cet isolement.

J’ai dit adieu au cinéma, car c’est trop compliqué. On y va de temps en temps, certes, mais pas comme avant, quand on avait notre carte illimitée. Rester en ville jusqu’à 20 heures pour se rejoindre et repartir à deux voitures une fois le film fini, c’est faisable de temps en temps, mais pas aussi souvent qu’on le souhaiterait. Et si on veut y aller le dimanche, c’est 40 minutes de route avant de trouver le premier cinéma. Autant de durée de route que de durée de film. Bel écho de ma jeunesse, dépendante de mes parents, pour la moindre sortie.

Vous aurez le droit de vous dire : « Mais qui c’est, cette fille qui ose se plaindre d’être propriétaire d’une maison à 27 ans ? ». Eh bien je l’assume : c’est pesant, d’être propriétaire d’une maison à 27 ans, quand on aime à ce point la ville et que l’on s’en est privée. Au quotidien, c’est compliqué. Largement surmontable, mais compliqué.

Oui, la vie à la campagne, c’est sûrement très bien pour certains, mais ce n’est vraisemblablement pas pour moi.

Image à la une : Arthur Mazi

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